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I- INTRODUCTION :
Au matin du 21 décembre 2010, Anastasia Alexandrovna Manstein-Chirinsky, sœur aînée de ma mère, s’est éteinte, à Bizerte, qui fut sa « Dernière Escale ». En effet, elle se trouvaitavec sa famille, parmi quelques 6000 Russes, partis de Sébastopol en novembre 1920, pour échapper à une mort certain, à l’issue d’une sanglante Guerre Civile, qui avait opposé Russes contre Russes dans d’atroces combats fratricides. Les Russes Blancs, formés d’une minorité de Monarchistes, dont faisait parti mon grand-père resté fidèle au Tsar Nicolas II, et d’une grande majorité de Libéraux et de Républicains, qui, épris de liberté, avaient largement contribué à la chute des Romanov et au déclenchement de la Révolution de Février 1917, s’étaient affrontés contre les Bolcheviks, partisans de Lénine, qui professait un communisme « adapté à la Russie », dont les théories, rejetées par une très large partie du peuple, n’avaient que peu de rapports avec le Marxisme.
Dans ce qui suit, je me propose de relater les origines du Domaine familial, puis l’évacuation des Russes Blancs, en 1920, de Sébastopol vers la Tunisie et leur vie en cette terre africaine, dont je fus en partie le témoin.
Plus tard, je me propose de relater la vie de mes ancêtres paternels : pour cela, je m’inspirerai la thèse, très documentée et rédigée en Anglais, de ma cousine Nathalie Apouchtine, qui vit en Australie.
Mes ancêtres maternels :
Fondation de Roubejnoé :
Dans un passé très lointain, les vastes steppes de la Russie méridionale, reçurent le nom de « Champ Sauvage » ou « Dikoé Polé ». Tout d’abord, ce territoire aux terres fertiles, propices à l’agriculture et à l’élevage, recelant un riche sous-sol, dont les minerais étaient, déjà, utilisés par Homme préhistorique, restait très peu peuplé, cause de l’insécurité que faisaient régner des peuplades venues de l’est. Elles déferlaient par vagues successives depuis des temps immémoriaux, saccageant, pillant et volant tout sur leurs passages: parmi elles, les Cimmériens, les Scythes, les Sarmates, les Avares, les Khazars, les Petchenègues, les Polovts et enfin les Mongols-Tatars. En effet, ces derniers furent particulièrement meurtriers.
L’année 1223 marqua le début de leur déferlement et, malgré une résistance
acharnée, la capitale Kiev du royaume russe naissant, alors riche et prospère,
fut prise et entièrement détruite en décembre 1240. Le pays fut, alors, plongé
dans la désolation pendant de très nombreuses décennies. Les vastes étendues de
terres que nous avons évoquées, en particulier celles qui correspondent au
bassin du Donetz, laissées en friche et à l’abandon devenaient, peu à peu,
impropres à l’agriculture et se dépeuplaient, pour former un vaste champ
sauvage inhospitalier. Il fallut attendre la bataille du champ de Koulikov, ou le
«Champ-des-Bécasses», situé près du Don (actuellement dans la province
de Toula), en 1380, pour assister au début du reflux des Mongols. La victoire fut
remportée par Dimitri IV, Grand Prince de Moscou et de Vladimir, qui avait été béni
avant la bataille par Saint Serge de Radonège. Le grand Prince reçut à cette
occasion le surnom de Donskoï, avant d’être sanctifié. Il se forma, alors, des royaumes tatars autonomes, dont le Khanat de Crimée, fondé en 1430. A partir de cette époque,
Russes et Ukrainiens tentaient de s’avancer, progressivement, du nord vers le
sud. Mais ces avancées furent ponctuées de reculs et le territoire du Donbass fut,
encore, pendant de nombreuses années le théâtre des pérégrinations nomades
venant de Crimée. Inféodés aux turcs, ils ravageaient tout sur leur passage et cherchaient
à s’emparer des richesses, brûlaient, faisaient des prisonniers, qu’ils
vendaient sur les marchés d’esclaves ou qu’ils rançonnaient, surtout, le sort
des femmes était cruel. De plus le Khanat de Crimée, vassal de la Sublime
Porte, participait aux guerres contre les Russes au côté de la Turquie.
Les steppes du sud de la Russie, laissées vacantes pa les Mongols furent occupées, tout d'abord par des aventuriers venus de tous les horizons, provenant de différentes éthnies, mélange de renégats mongols et d'anciens nomades venant de l'Est. Ils s'installèrent entre le Don et le Dniepr et formèrent les premiers cosaques, c'est-à-dires des "quzzaks, aventuriers ou hommes libres", qui se slavisèrent. En 1550, apparurent les premiers cosaques Zaporogues sur le Dniepr inférieur et Ivan le Terrible leur imposa un service armé obligatoire, en leur demandant même, par la suite une aide militaire active. Leur nom vient du fait qu’ils vivaient au sud de l'Ukraine, dans un territoire appelé Zaporijia près des cataractes du Dniepr, qui s’étendaient jusqu’au nord de la Mer Noire. Ils se regroupèrent en villages et avaient,
essentiellement, pour rôle de contenir les assauts des hordes venues du sud. Le Champ Sauvage devenait, aussi, le refuge de serfs fuyant l’oppression des seigneurs auxquels ils étaient assujettis, ainsi que celui des repris de justice ou de déserteurs, qui se fondaient dans l’immensité désertique des steppes
Pour comprendre ce choix et les liens solides entre
les deux nations, qui persistent encore de nos jours, il faut remonter jusqu’au
Baptême de la Russie. Russes et Serbes, peuples slaves, parlent des langues qui ont, malgré leurs propres
spécificités, une origine commune, et surtout, pratiquent une religion commune, l’Orthodoxie, qui utilise la même langue religieuse, le slavon d'église. Au XII° siècle, dés l’invasion des Tatars-Mongols, l’Eglise Orthodoxe russe reçut le soutientde celle de la Serbie. Puis, les rôles s’inversèrent à partir du XV° siècle, lorsque les Balkans furent occupés par l’Empire Ottoman.
Alors que la Russie s’était libérée du joug Tatar-Mongol, elle fut dirigée par un souverain détenant tous lis pouvoirs, le Tsar, qui se considérait comme l’héritier des Césars et des Empereurs byzantins et dont le symbole était l’Aigle bicéphale. Il n’en fut pas de même pour les pays balkanais, morcelaient, qui perdirent la notion d’Etat, de Nation et menacés de perdre leur identité nationale : telle était la conséquence de l’asservissement, que faisait peser sur eux l’Empire Ottoman. En effet, durant leur occupation des Balkans, les Turcs considéraient les habitants asservis, comme des citoyens de seconde zone et exerçaient sur eux de fortes pressions pour les convertir à l’Islam. Certains cédèrent, d’autres, prêts à se battre contre l’oppresseur, cherchèrent refuge en Autriche-Hongrie. Mais, leur condition dans ce pays ne fut pas toujours bonne, car ils devaient subir les contraintes administratives et religieuses d’une nation qui leur était totalement étrangère par la langue et par la religion : ils ne pouvaient pas ouvrir des écoles pour leurs enfants, et, Orthodoxes, ils étaient dans l’impossibilité de poursuivre librement leurs rites religieux, de construire leurs églises, en conflit avec le clergé local, ils se voyaient contraints d’embrasser la religion uniate.
A partir du XVI° siècle, des religieux et des nobles
serbes effectuant des pèlerinages à Moscou, avaient de larges contacts avec
Ivan IV le Terrible. Ce dernier avait tenté d’intercéder, sans y parvenir, en
leur faveur auprès du Sultan de Turquie, afin que leurs monastères soient
protégés. La condition précaire des peuples balkanais n’échappa au premier des
Romanov, Michel Fédorovitch, qui envoya une aide pécuniaire et régulière au
Patriarche du Kosovo. Des clercs et des leaders séculiers, faisant partie de la
diaspora serbe d’Hongrie rêvaient d’y fonder une enclave autonome dans ce pays.
Le Tsar Alexis Mikhaïlovitch répondit favorablement à ce projet et intervint
auprès des autorités hongroises, qui s’y opposèrent. Au moment de la régence de
la Tsarevna Sophie Alexeïevna (demi-sœur de Pierre le Grand), son conseiller,
le Prince Galitzine, engagea la Russie contre les Tatars de Crimée et promettait
à la hiérarchie orthodoxe serbe de les aider dans leur lutte contre leurs
ennemis communs, les Turcs, après l’anéantissement du Khanat de Crimée. Mais,
ce projet ne se réalisa pas, car les troupes russes furent arrêtées au passage de
l’isthme Perekop, qui menait à la Crimée, rendu infranchissable par le Mur Turc,
qui allait jouer un rôle décisif pendant la Guerre Civile en 1919.
A l’époque de Pierre le Grand, dont le règne marqua l’apogée des relations entre la Russie et les Balkans, les Serbes et les Monténégrins commencèrent à y affluer, pour s’engager dans l’armée russe. L’idée d’incorporer des soldats slaves, en leur accordant la nationalité russe,
commença à se réaliser. Un premier contingent, formant un régiment de Hussards
fut envoyé en Ukraine méridionale, afin de ralentir et empêcher les incursions
des Tatars. Cet apport militaire ne fut pas superflu : durant la première
partie de son règne, le Tsar, désireux de mettre fin au Khanat de Crimée et de
soustraire à l’Empire Ottoman les Détroits du Bosphore et des Dardanelles, afin
que les navires russes puissent avoir un accès en Méditerranée, avait déclaré
la guerre aux Turcs. Après quelques brillantes victoires, aux quelles participèrent
des Serbes, le Souverain russe ne put conserver son avantage, car son royaume
était menacé, au nord, par le puissant Charles XII de Suède, qui empêchait, à
la Russie, l’accès à l’Europe par la Mer Baltique et menaçait, en même temps,
la nouvelle capitale de l’Empire : Saint-Petersbourg.
Pour encourages les Serbes à s’enrôler dans les armées
russes, dés janvier 1715, le Tsar avait promulgué un oukaz, leur promettant
l’attribution d’une terre, du froment et une solde correspondant à leur grade. En
1723, alors que son règne touchait à sa fin, il imagina même de rassembler les
Serbes servant en Autriche, où ils avaient acquis une excellente expérience de
gardes-frontières, et de les faire venir en Russie. Il chargea le major serbe Ivan
Albanez de cette mission : les volontaires, d’abord peu nombreux au début,
furent incorporés dans l’Armée russe. Les 177 soldats, enrôlés par le major,
furent envoyés en Ukraine, où ils formèrent les premiers régiments de Hussards
serbes, chargés de garder les frontières méridionales. En 1725, ce chiffre
monta à 278.
Après la
mort de Pierre le Grand et jusqu’en 1740, régnèrent sur l’Empire russe,
successivement, son épouse, Catherine I°, dont le règne fut éphémère; puis ce
fut le petit-fils de Pierre le Grand, le jeune Pierre II Alexeïevitch, qui
subit l’influence de familles conservatrices russes, dont celle des Dolgorouki;
puis, Anna Ivanovna, fille d’Ivan, le demi-frère du Tsar Pierre, monta sur le
trône. Nous aurons l’occasion d’étudier plus en détail l’Histoire de cette période,
car l’ancêtre d’Alexandre Sergueïevitch Manstein, Christopher Hermann Manstein
s’y distingua par ses hauts faits militaires. Anna Ivanovna, en ce qui concerne
les émigrés balkaniques, reprit la politique de son illustre oncle. Leur
condition matérielle fut assurée, car ils reçurent du gouvernement russe,
terres et propriétés, à condition de les mettre en valeur.
Elisabeth Petrovna, fille de Pierre le Grand, dés
son accession au trône en 1741, poursuivit le
recrutement des Serbes d’Autriche. L’ambassadeur
russe, M. P. Bestoujev-Rioumine, fut chargé d’organiser le transfert d’un
groupe d’officiers et de soldats, qui furent conduits par le colonel Ivan
Khorvat, vers l’Ukraine, pour y être cantonnés le long de la rive droite du
Dniepr. Pour sécuriser davantage les
frontières méridionales de son Empire et de s’attaquer au Khanat de Crimée, l’Impératrice
résolut d’établir une « ligne défensive » dans les régions du sud de
l’Ukraine, alors que l’afflux de Serbes ne cessa d’augmenter d’autant que durant les années
1751-1752, l’Impératrice Marie-Thérèse d’Autriche avait décidé d’abolir les
avantages et les privilèges, dont jouissaient les militaires étrangers affectés
le long de la frontière austro-turque. Ainsi, deux autres
régiments quittèrent l’Autriche-Hongrie vers la Russie : l’un sous le commandement
d’Ivan Chévitch, l’autre sous celui de Raïko Préradovitch, promus tout deux au grade
de général-major. En ce qui concerne les soldats, la plus part d’entre eux
furent nommés officiers et sous-officiers. Pour souligner son origine noble,
Raïko Préradovitch, s’inspirant de la manière française, colla à son patronyme
la particule « de », ce qui donna « Depréradovitch ». Ce dernier disposait d’un
contingent de 199 hussards, dont 92 officiers et sous-officiers et 107 hommes
de troupe. En ajoutant les membres de leur famille, le contingent se chiffrait
à 450 personnes. Cependant chacun des deux régiments, disposant un nombre insuffisant
d’hommes, fusionnèrent pour former le
régiment des Hussards de Bakhmout, qui reçut l’ordre d’établir son
cantonnement sur la rive droite du Severski Don, entre les rivières Bakhmout et
Lougane, là où se trouvait la ligne fortifiée des forteresses du Lougane. L’enclave
territoriale, sur laquelle vivaient ces Serbes s’appela la Slaviano-Serbie. En
vertu des Oukaz du 29 mars et du 1° avril 1753, promulgués par Elisabeth
Petrovna, elle fut placée sous la juridiction du Sénat et du Collège Militaire
de l’Empire. Les hussards furent de véritables colons menant un genre de vie
paramilitaire semblable à celui des cosaques, qu’ils côtoyaient : comme il
a été dit, ils avaient, non seulement pour mission de contenir les raids venant,
tout en se tenant prêt à affronter d’éventuelles hostilités armées contre les
Turcs dans la région du Danube, mais également, ils se trouvaient dans
l’obligation de mettre en valeur les terres, qui leurs étaient attribuées en
récompense de leurs services rendus sur les champs de bataille.
La tâche de colon fut bien rude, car depuis des
siècles les steppes du Champ Sauvage était laissées en friche. Au moment de sa
formation, le régiment des Hussards de Bakhmout se composait de 16 compagnies, dont chacune reçut un lotissement. Une
compagnie comprenait peu d’hommes : tout au plus, une vingtaine environ. Un jeune
major appelé Avraam Gavrilovitch Rachkovitch, notre ancêtre, né en 1730,
commandait la 3°
compagnie installée à l’embouchure du fleuve Verkhneï Belenkaïa (haut, blanc).
Le jeune major fut le fondateur du domaine Roubejnoé. « Le nom vient de
Roubej (Frontière), appellation donné au ravin qui servait de séparation entre
deux bourgades cosaques, Borovskoé et Karsnianka» (« La Dernière
Escale », Anastasia Manstein-Chirinsky, Editions Sud Editions Tunis, 2000,
p : 28.). Une partie de ce domaine, comprenant d’autres terres, qu’il
avait aquises par la suite, fut le berceau du domaine familial. A la fin du
XVII° siècle et au début du XVIII°, les cosaques, occupant librement et spontanément
les terres abadonnées, qui échappaient à toute intervention administrative,
s’étaient installés le long du Donetz, à proximité de l’actuel Lissitchansk et
Privolié. C’est après la révolte de Stépan Razine (1670-1671), qu’ils avaient
fondé les deux localités, Borovskoé et Karsnianka, sur la rive gauche du
Donetz, alors que sur la rive droite, se trouvait le ravin de Roubejnoé, entre
les deux bourgades. Signalons que cet endroit, à cause de forêts abondantes, avait attiré l’attention de Pierre le Grand,
car le bois qu’on pouvait en tirer devaiet
servir à la construction des premiers navires qui allaient composer la Flotte
de l’Empire russe.
C’est à
Roubejnoé que naquit et passa une partie de son enfance Anastasia Alexandrovna ;
ma tante. Sa plus jeune sœur, ma mère, Alexandra
Alexandrovna, vit le jour à l’emplacement de la 5° compagnie, « Privolé ».
Leur sœur, Olga Alexandrovna (mère de mes cousins Mandryka : Nikita Ivan
et Dimitri), naquit à Revel, aujourd’hui Tallin. Ces trois sœurs furent mes
trois mères. Au début de mon enfance et plus tard, ma mère étant en continuel
déplacement à cause de son travail, Anastasia Alexandrovna s’occupa de moi
comme si j’étais son véritable fils, et me prodigua les mêmes soins et le même
amour que pour ses enfants : je pense que c’est là un trait typiquement
russe. Au décès de ma mère, alors que j’étais déjà adulte, ma tante Olga et mon
oncle Nicolas m’adoptèrent. Ainsi, ces trois sœurs m’ont témoigné beaucoup d’affection
leur vie durant. Il en fut de même de la part de ma grand-mère maternelle, Zoïa
Nicolaevna. Un jour, alors que je traversais une période, ma tante Anastasia,
me rassura en me disant, qu’au ciel, notre grand-mère priait pour nous :
ces paroles m’apaisèrent et tout me sembla plus facile.
Au XVIII° siècle la vie des habitants de Verkhneï,
ainsi que d’autres localités voisines, n’était pas facile, à cause des
fréquentes sécheresses et d’autres intempéries entraînant famines et maladies
de toutes sortes, et cela, souvent, à cause de l’absence d’assistance médicale,
et il n’était pas rare que plusieurs familles quittaient le village. Au début de leur installation, les hussards
serbes n’échappèrent pas à ces difficultés comme le témoigne S. S. Pichtchévitch, un ancien
commandant du régiment d’Ivan Chévitch.Il rapporta dans ses mémoires que cette
terre, qui avait été délaissée durant des siècles, était devenue ingrate, dure
et sauvage, ce qui rendit la tâche des militaires-colons désespérée. Le même
général les compara à des naufragés sur une île déserte, où tout était à faire.
La première année, les légumes verts, les fruits manquaient et le pain était rationné :
tous se nourrissaient d’ail sauvage. Cependant, les hussards se mirent
courageusement au travail et leurs efforts furent récompensés car l’année
suivante, leur sort s’était considérablement amélioré, surtout, lorsque le
cheptel fut introduit.
L’importance des lots
de terres, attribués à chaque militaire était proportionnel au rang et grade, qu’il
occupait dans la hiérarchie. Une partie était consacrée à la construction de la
maison, une autre aux semailles et la dernière au pâturage. Les troupiers,
nettement moins favorisés, travaillaient leur parcelle eux-mêmes, alors que les
officiers embauchaient de la main-d’œuvre. Tout d’abord, le major en second, A.
G. Rochkovitch, propriétaire d’une petite ferme, les premières difficultés
surmontées, se consacra à la mise en valeur de sa terre. Il avait recruté, en 1764,
48 travailleurs, avait fait ensemencer 5 déciatines de son terrain d’avoine et
d’orge, 80 de froment et 50 de seigle. Son bétail se composait de 50 chevaux,
150 bovins et 50 porcs. De plus le major avait installé à Roubejnoé, un moulin
à eau.
Des historiens se
penchèrent sur le devenir des descendants de ces colons. Certains d’entre eux, restèrent dans la région, s’assimilèrent à la
population locale en faisant prospérer leur domaine et contribuèrent, ainsi au développement de leur
pays d’adoption. D’autres quittèrent
le Donbass pour regagner leur Patrie d’origine, afin de poursuivre la lutte
contre les Turcs, d’autres, encore, restés en Russie intégrèrent différents régiments
russes. Après la Révolution de 1917, une minorité de leurs descendants
restèrent en Union Soviétique, où ils continuent à vivre jusqu’à présent ;
d’autres fuyant la terreur bolchevique, revinrent dans le pays de leurs
ancêtres, la Serbie, qui accueillit, également, des Russes, leurs alliés de
toujours. Dans son ouvrage, « Le Chemin de ma vie », le Métropolite
Euloge témoigna qu’après un épuisant voyage, il fut accueilli, ainsi que
ses collègues par l’évêque de Nis, Dosithée, « qui s’adressa (à eux) de
façon très cordiale » en déclarant « Je vous salue avec amour,
mes chers confrères évêques, ainsi que tous les Russes qui vous accompagnent.
Nous sommes heureux de vous offrir l’hospitalité pour vous remercier de tout ce
que les Russes ont fait pour nous. Ce ne sont pas de vaines paroles … Ces mots
étaient dits avec chaleur et sincérité » (p : 292 et 293). Le roi de
Serbie, lui-même, accueillit les Russes avec chaleur. J’ai entendu dire dans ma
famille, que la mère de mon grand-père trouva refuge dans ce pays. Cela
s’explique par le fait qu’elle épousa en secondes noces, Iossif Casimirovitch
Kononovitch, qui faisait sa carrière dans l’armée de terre. J’ai eu l’honneur
de rencontrer, à Paris, un de leur fils, « diadia Nika », c’est-à-dire
« oncle Nikita ». Une de mes cousines le rencontrait souvent. Après
son décès, elle fréquentait son épouse Giselle et sa fille Nicole. D’autres
Russes, encore, se réfugièrent dans presque tous les pays du monde. Mon
grand-père, Alexandre Sergueïevitch Manstein, et sa famille furent accueillis
par la Tunisie, alors sous Protectorat français : c’est dans ce pays que
nous sommes nés.
Mais revenons à notre chronique familiale et à la naissance de
Roubejnoé.
Les premières difficultés surmontées, la vie des hussards s’améliorèrent,
surtout celle des gradés. Bon administrateur, A G. Rachkovitch, nommé colonel,
prit sa retraite en 1774, et fit prospérer son bien. Son domaine
s’agrandit : à part Roubejnoé, la « Rachkovka », dont la
population s’élevait, en1782 à 352 habitants, il possédait une propriété prés
de Privolé, ainsi qu’un village, sur la rive gauche du Donetz, la
« Pissarevka ». Le Domaine ne cessait de prospérer, car après
l’annexion de la Crimée par la Russie, un calme relatif régna dans cette partie
de l’Ukraine. En 1795, Roubejnoé comptait 741 âmes, dont 398 hommes et 314
femmes. Sur la combe de Roubejnoé furent construits deux moulins à moudre et
deux distilleries.
Pendant que les anciens Hussards de Bakhmout mettaient en valeur leurs propriétés, des évènements, d’abord imperceptibles se déroulaient dans cette région: ils allaient prendre une importance sans précédent, bouleversant laphysionomie du Donbass et celle de la Russie toute entière. Durant le rude hiver de 1721, les réserves de bois épuisées, le manque d’énergie indispensable à l’industrie salicole se fit cruellement ressentir. Deux sauniers, Nikita Vépreïski et Sémion Tchirkov, à la recherche d’un combustible, découvrirent dans un ravin, une strate de houille. Voulant s’assurer de la qualité du précieux minerai, ils envoyèrent des échantillons au Berg-Collégium de Moscou, afin qu’ils soient analysés. Les résultats se faisant attendre,
les artisans commencèrent à exploiter et utiliser le charbon . Pendant ce temps, en décembre 1722, Pierre le Grand envoya, dans le Donbass, un groupe de prospecteurs dirigé par le géologue Grégoire Kapoustine. Cette expédition se termina deux ans après la découverte de Vépreïski et Tchirkov. En 1725, un spécialiste
anglais en charbon, Jean Nixon se rendit dans la région de Bakhmout, où il confirma, après enquête et
contre-enquête, la paternité de la découverte aux deux sauniers. Cependant, tout le mérite en
revint à Grégoire Kapoustine. Ce point de vue, persiste encore de nos jours, malgré les travaux de l’Académicien des sciences de l’Histoire, Anatoli Alexeïevitch Klimov, spécialisé dans l’Histoire
du Donbass.
A la mort d’Elisabeth Petrovna, son neveu Pierre III, à peine monté sur le trône, en 1762, fut destitué par son épouse Catherine Alexeïevna, connue sous le nom de Catherine II la Grande. En 1780, persuadée que la Russie avait pour devoir de restaurer l’Empire byzantin, et reprenant la politique que Pierre le Grand avait entrepris dans le sud de la Russie, porta ses efforts vers la Mer Noire.Activement soutenue par le Prince Potemkine, en annexant la Crimée en 1783, elle réalisa le rêve de son illustre prédécesseur en étendant l’Empire Russe jusqu’à la Mer Noire, permettant aux Russes la création de la Flotte de la Mer Noire, se cantonnant dans la base navale de Sébastopol,ouverte en 1784. D’autres ports virent le jour : Nikolaev, Kherson, Odessa, ainsi que des forteresses sur le bord de mer. Simultanémént, la région du Don prit son essor économique grâce à la présence d'un charbon de très bonne qualité, qui fut, tout d’abord, destiné à un usage des artisans salicoles ou à l'usage privé des propriaires terriens, fut exploité d’une manière plus systématique et plus rationnelle. En 1792, des marins de la Flotte de la Mer Noire,sous la direction de l’ingénieur-capitaine, N. F. Abraham, commencèrent à utiliser ces ressources, pour les besoins de la marine de la Mer Noire : les besoins de la Flotte naissante exigeaient des quantités accrues de combustibles et de produits manufacturés métalliques. Aussi, pour encourager cette exploitation, Catherine la Grande promulgua le14 novembre 1795 un Oukaz concernant « La construction d’une fonderie dans l’arrondissementdu Donetz, prés de la rivière Lougane et l’extraction de la houille de la dite région ». La première extraction eut lieu. durant l'année de l' Oukae impérail, à l’endroit où était cantonnée l’ancienne 3° compagnie, commandée par le major Rachkovitch, prés du ravin Liss’eï (Лисьей, « Renard »), c’est-à-dire sur le domaine du major promu, alors colonel au moment de sa retraite.

Lissintchans (point bleu) par rapport à Kiev ( en haut de la carte), plus au sud se trouve la Crimée.
Tiré de Internet: http://citylisichansk.com/viewpage.php?page_id=39
Eglise Saint-Mitrophane,à Lissintchansk -1898 (Photographie tirée d'Inernet: http://lislib.at.ua/istorijaLisichanska/): c'est dans cette Eglise que fut baptisé Anastasia Alexandrovna.
ANASTASIA ALEXANDROVNA JEUNE (Photographie familiale)
Grand-mère d'Anastasia, Olga et Alexandra Manteins (Photographie familiale).
Alexandre Sergueïevitch Manstien.
Gare Nasvetevitch, construite par Alexandre Alexandrovitch Nasvetevitch (Photographie tirée d'Internet).
B- ARTS :
PARCOURS PICTURAL
C - GALERIES DE PEINTURES, DESSINS, PHOTOGRAPHIES :



